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Une passion marocaine, par Pierre Bergé


Lorsque nous sommes arrivés à Marrakech pour la première fois en 1966, Yves Saint Laurent et moi, nous ne savions pas que cette ville allait jouer un rôle aussi important dans notre vie, que nous y achèterions trois maisons dont celle de Majorelle avec son célèbre jardin, ni que le Maroc allait devenir notre pays d’adoption, notre deuxième patrie. C’est avec beaucoup d’émotion et, disons-le, de fierté que nous présentons cette exposition de caftans, de bijoux et de broderies.


Pierre Bergé
Pierre Bergé
Tous ces objets sont d'une qualité rare et le visiteur ira ainsi à la rencontre de la culture marocaine et d'un art toujours vivant. Dans un entretien qu'il a accordé au journal français Paris Match le 2 décembre 1983, Yves Saint Laurent dit l'importance du Maroc dans sa création : « Bien qu'habitué à la lumière et aux couleurs de l'Afrique du Nord – Yves Saint Laurent est né à Oran en Algérie – c'est plus tard, lorsque je découvris le Maroc, que je compris que mon propre chromatisme était celui des zelliges, des zouacs, des jellabas et des caftans. Les audaces qui sont depuis les miennes, je les dois à ce pays, à la violence des accords, à l'insolence des mélanges, à l'ardeur des inventions. Cette culture est devenue la mienne, mais je ne me suis pas contenté de l'importer, je l'ai annexée, transformée, adaptée. » On comprend mieux, après ces mots, pourquoi cette exposition trouve sa place dans notre Fondation. En effet, Saint Laurent revendique haut et fort l'influence du Maroc sur sa création. La richesse vestimentaire de ce pays ne lui a pas échappé. Il a su s'approprier les lignes de la jellaba pour créer de somptueuses robes fluides, s'inspirer du jabador, du burnous et du tarbouch masculins pour construire des silhouettes bien à lui, transformer le burnous en une cape rose, concevoir un caftan dans la tonalité immaculée du haïk. Ce créateur a dérobé au Maroc ses costumes ancestraux pour en tirer la quintessence, au ciel de Marrakech ses couleurs et sa lumière pour en exalter l'harmonie. Dans cette exposition, nous avons voulu montrer que les Marocains pouvaient être fidèles à leur passé tout en regardant le présent. C'est ainsi que nous montrons quelques vêtements de Tamy Tazi, couturière de grand talent, qui a su d'une façon moderne s'inspirer du patrimoine de son pays. Yves Saint Laurent, marocain de cœur a lui aussi su s'inspirer dans les quelques modèles que nous présentons de l'art et de la culture de ce pays. Je tiens à remercier Nour et Boubker Temli, qui généreusement ont mis à notre disposition leur prestigieuse collection de caftans. Merci à Pierre et Sarah Pinson de nous avoir prêté leurs si précieux bijoux. Qui, mieux que Tahar Ben Jelloun, pouvait parler du Maroc et de ses tenues traditionnelles ? Merci à ce grand écrivain marocain de langue française de nous avoir apporté la caution de sa renommée. Merci à Rachida Alaoui d'avoir accepté d'être le commissaire général de cette exposition et de nous avoir fait profiter de sa connaissance unique de la mode marocaine depuis son origine jusqu'à nos jours. Merci enfin à Christophe Martin qui, une fois de plus, a donné vie à cette exposition grâce à sa scénographie. Puisse la réunion de ces caftans, broderies et bijoux vous faire connaître et aimer davantage le Maroc et partager notre passion marocaine.


Mercredi 12 Mars 2008

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