Salima Naji : Le Maroc est un pays de contact doté d'une force créatrice surprenante


Laisser tomber la vie urbaine avec ses tourments et modernités pour se consacrer au monde rural, le défi est pleinement à assumer ; cependant, quand l'amour de l'authenticité se fait valoir, le défi parait si aisé. Salima Naji est architecte, diplômée de l'École d'architecture de Paris-La-Villette, Anthropologue (École des Hautes Études en Sciences Sociales, Paris), diplômée du Laboratoire de Troisième cycle Arts, Esthétiques Sciences et Technologies de l'Image de Paris VIII, plasticienne, elle est l'auteur de plusieurs ouvrages de référence sur les architectures vernaculaires du Sud Marocain. Elle a consacré plusieurs années de recherches aux greniers-citadelles du Maroc, essayant d'organiser la survie de certaines citadelles véritablement menacées… Entretien


Salima Naji : Le Maroc est un pays de contact doté d'une force créatrice surprenante
Il est à constater que les marocains ne connaissent que peu de choses sur leur patrimoine, cela n'a-t-il pas donné lieu à sa disparition ?

Au-delà de la méconnaissance du patrimoine national, c'est surtout l'absence de prise de conscience de sa valeur qui favorise sa disparition. Nombreux sont ceux qui ne veulent pas restaurer des bâtiments anciens car ils les considèrent comme désuets incarnant la pauvreté, le non développement. Pour beaucoup, les architectures de pierre et de terre sont même considérées comme tout justes bonnes pour les animaux. Les regards sont fortement influencés par les néo-urbains et la parabole qui déconsidèrent fortement le patrimoine surtout rural. L'idéal est la maison de ciment couverte avec des modénatures marquées par l'internationalisation des goûts. Parallèlement, de nombreuses architectures disparaissent faute d'usage ou d'accord entre les multiples héritiers. L'ignorance et les difficultés d'héritage accélèrent la disparition du patrimoine bâti. Les patrimoines dits "intangibles" suivent ensuite : le patrimoine oral, la langue et les parlers vernaculaires dans leur richesse, jusqu'aux modes d'habiter, de se vêtir et de manger !

Quand avez-vous senti que vous deviez contribuer au sauvetage du patrimoine marocain ?

L'implication dans la sauvegarde du patrimoine s'est faite naturellement, je ne savais pas que j'allais me consacrer à la restauration. J'aime le contemporain très fort. Tout comme j'aime les cités anciennes, les charmes du bâti, ses forces, ses fragilités. Je m'intéresse en 1993 à ce qui va devenir les Kasbates 5 ou 6 ans après avec le succès que l'on sait. Alors, je côtoyais les ruines, je questionnais les vieux messieurs, je suis allée en 1995 au Mali où la vitalité de l'architecture de terre crue de Djenné ou Gao m'a donné l'envie de m'investir dans des revitalisations.

Dans un premier temps, j'étais très sensible à la beauté de ces architectures sans architectes. La diversité des formes, la multiplicité des techniques, l'esthétique spécifique étaient autant de leçons d'architecture. Puis progressivement lors de terrains de recherche de longue durée, j'ai d'abord réfléchi avec de nombreux interlocuteurs sur les nouveaux usages possibles. Et lorsque je décide d'aller visiter les 200 ou 300 greniers du pays, vallée par vallée, je suis subjuguée par ce que je vois, de tribu en tribu. Et très vite, face à la ruine de témoins architecturaux exceptionnels comme le grenier d'Aguellouy d'Amtoudi, je réinvestis spontanément l'argent que je gagne pour sauver des sites. Et là, je continue à découvrir, comment s'est construit.

En 2004, je reçois le Prix "jeunes architectes" de la fondation EDF qui me donne l'occasion de repoursuivre ces restaurations plus profondément. Je ne me pose pas de questions, je fonce et ça me passionne. Et puis, il y a toute cette dimension humaine, de rencontres, d'échanges, et c'est cela aussi échanger avec les maalmines, avec les gens du village. Cette dimension est le nerf de l'action.

Désormais je mène une double action, une de sensibilisation par la multiplication de publications et de colloques et l'autre de reconstruction dans des projets concrets autour de chantiers comme à Assa. Car depuis que je parcours les vallées présahariennes et la montagnes je dois avoir accumulé 6000 images de mosquées, de greniers, de maisons, de moussems, de moments forts et tous les gens que je rencontre pour leur renvoyer les photos après.

Vous avez énormément travaillé sur les greniers-citadelles, comment êtes-vous tombée sous leur charme?

J'ai commencé par m'intéresser à l'architecture de terre des Kasbahs des vallées pré-sahariennes (Draa, Dadès, Rhéris, Todrha, Ziz) or dans les montagnes les architectures monumentales sont les greniers collectifs. Ce qui m'a fasciné est l'incroyable diversité des formes architecturales pour une même institution. Des géants de pierre de l'Anti-Atlas, au fortin de terre du Haut Atlas central, en passant par les structures palafittes du Haut Atlas oriental, les greniers collectifs incarnaient l'incroyable diversité du patrimoine rural marocain. Par conséquent, si dans mon premier travail de recherche avait porté sur l'art et l'esthétique du grand sud, ma deuxième recherche porte sur le collectif et les liens qui fonde la communauté.

Vous oeuvrez essentiellement en milieu rural alors que les médinas et les lieux chargés d'histoire dans les villes souffrent peut être beaucoup plus de ce modernisme, projetez-vous des actions dans les villes ?

Je ne classe pas médinas d'un côté, montagnes ou petites vallées de l'autre. Si les villes sont soumises à davantage de pression que le monde rural par contre la destruction des monuments dans les campagnes se fait en silence sans que personne ne s'alarme. Mais, j'ai travaillé pour des particuliers à Fès, je souffre autant. A la ville tout va trop vite, et je crois que c'est aux natifs et intellectuels des villes d'agir. Ils sont en mesure d'en connaître les rouages. Mais, j'ai été à chaque fois sollicitée, de ce fait je ne me suis pas posée la question de savoir si je voulais ou pas travailler dans les villes. Mais Assa est une ville. Le Ksar fait 7 hectares, 300 maisons. La ville nouvelle compte plus de 6 000 personnes... Et ce qui est beau à Assa, c'est que cette petite ville était comme une Pompéi, en dehors des mosquées défigurées ou rasées pour être remises au goût du jour, tout était là intact. Le faux modernisme est vraiment inadapté, cette idée je l'ai exposée à Assa dans le chantier avec les gens qui ont compris : "Tu nous as fait comprendre la valeur de notre architecture...", la restauration a remis en valeur une dignité perdue. Nous modernisons, mais intelligemment sans sacrifier aux formes anciennes. Et tous sont convaincus !

Que pourriez-vous dire aux jeunes marocains qui prônent le modernisme des lieux et croient qu'en pensant au patrimoine, ils reviennent des années en arrière ?

De réfléchir à cette idée que la modernité et le patrimoine ne sont pas en contradiction. Or actuellement, nombreux sont ceux qui disqualifient leur héritage pensant que des modèles extérieurs venus d'occident ou d'orient sont meilleurs. Je pense qu'il faut être fier de ses origines et apprendre à s'appuyer pour justement construire un avenir solide. Le Maroc est un pays de contact doté d'une force créatrice surprenante. La Qarawiyin compose avec toutes ses époques en strates, la nouvelle restauration (orchestrée par Fikri Ben Abdellah) est une leçon d'humilité qui démontre cela.

Le vrai modernisme c'est de bien vivre en harmonie avec son histoire, son environnement, ses ancêtres. Pas de détruire, effacer, avoir honte ou encore de multiplier des gadgets inadaptés. L'électricité arrive dans les coins les plus reculés pour brancher un réfrigérateur pas un climatiseur... C'est cette subtilité qui compte. Or, la réflexion n'est pas toujours là. Il serait urgent dans notre pays de réfléchir à des procédés constructifs intelligents comme ces tours rafraîchissantes où l'été on met des linges mouillés pour obtenir une belle fraîcheur dans la région de Tata, toutes ces petites baies qui perforent certains murs et ventilent les maisons à Skoura, les volets à Assa, ces leçons de confort doivent être approfondies. Ce qu'aiment par trop faire nos concitoyens c'est de transférer des équipements d'ailleurs ici sans réflexion réelle sur les besoins. Je teste actuellement ces idées dans la région de Marrakech, avec un projet de maisons en terre crue stabilisée. Le chantier est ouvert !

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Mardi 16 Octobre 2007


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1. Posté par Boullouz aziz le 22/06/2008 03:35
Bonjour ,
Loin des voyages classiques et des séjours de lux,une équipe de simple montagnard et nomadea envie de vous faire découvrir un Maroc différant.Par des sentiers Zigzagants,des pistes et des gorges,nos mules,nosdromadaires ou tout simplement vos pieds,vous conduirez vers de nouveaux horizons,à l'écart des perturbations de nos temps moderne.
Que ce soit dans l'atlas ou au Sahara ,vous plongerez dans un univers authentique,convivial et chaleureux où la magie opère toujours lorsqu'une rencontre avec des nomdes se transforment en invitation à partager avec eux le thé a la menthe.




Notre objectifs est de vous faire profiter de la beauté des paysages marocains,de leur extraordinaire diversité,et de vous faire découvrir des terre oubliées,où la nature défend avec achamement son privilége d'être restée sauvage .

http://www.kasbahassafar.com

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