Coiffée d'un discret hijab (voile islamique), Malika, 34 ans, marocaine naturalisée il y a neuf ans, n'a "jamais pensé" porter la burqa, vêtement couvrant le corps entier de la femme et masquant son visage, plus souvent appelé "niqab" ou "sitar".
"On dit que c'est pour les femmes très belles qui veulent se cacher du regard des hommes et ne pas attiser les jalousies", "mais ce n'est pas obligé par le coran", souligne Malika, qui "respecte le choix" des quelques femmes portant la burqa dans la cité Nord de Bondy.
Comme la grande majorité des femmes penchées sur les étals de vêtements et articles de bazar du marché, elle "ne comprend pas" les motivations du Conseil d'Etat, qui dans un arrêt salué unanimement par la classe politique a jugé que la requérante présentait une "pratique radicale de la religion incompatible avec les valeurs essentielles de la communauté française, et notamment avec le principe d'égalité des sexes".
Affirmer cela, "c'est être à côté de la plaque, c'est tellement pas ça", "si seulement ils savaient", s'exclame Hasna, jeune femme de 25 ans quasi-intégralement recouverte d'un "jilbab" (long voile laissant juste découverts les deux-tiers du visage) couleur prune.
"Il y a dix ans, c'est vrai que le niqab pouvait être imposé par l'homme. Mais avec la génération montante, qui a choisi la religion, ce n'est plus le cas. En France, c'est vraiment le choix personnel des femmes dans 70% des cas", affirme cette jeune diplômée d'une maîtrise de commerce international et mariée depuis peu à un "Français converti".
Plusieurs de ses amies portent le niqab, "parce qu'elles se sentent tout simplement mieux ainsi et pensent être davantage préservées du regard des hommes", rapporte-t-elle, soulignant qu'elles ne sont "ni salafistes (ndlr: courant rigoriste de l'islam), ni anti-sociales".
En total désaccord avec Fadela Amara, la secrétaire d'Etat à la Ville, elle estime que "ce vêtement n'est pas une prison".
Néanmoins, Hasna n'envisage pas de franchir le pas, "car ce n'est pas une obligation religieuse et porter le niqab est une épreuve de tous les jours dans la vie quotidienne, ça me compliquerait plus la vie qu'autre chose". Elle admet que "le tissu fait barrière".
"Même le jilbab est difficile à porter ici. Mais dès que l'on peut parler aux gens et leur expliquer, la barrière tombe", ajoute-t-elle.
La burqa "fait peur aux gens, même à nos enfants", "finalement ces femmes attirent plus les regards", soulignent deux soeurs, l'une voilée, l'autre non, tout en défendant ce "choix" qui n'est pas le leur. Et de s'interroger: "qu'est-ce qu'on va faire des Françaises converties qui se mettraient à porter la burqa? On leur retirera la nationalité ?"
Seule, Marie-Louise, catholique d'origine espagnole de 69 ans, affirme à voix haute que "ce vêtement est une provocation". "Une femme ne doit être l'esclave de personne et doit avoir le droit de montrer son visage", "pour la catholique que je suis, c'est un viol culturel", dit-elle.