Ces prostituées travaillent dans le "Downtown Eastside", le quartier le plus pauvre du Canada, où une soixantaine de femmes ont disparu depuis la fin des années 1970.
Ce quartier est devenu tristement célèbre avec le procès de Robert Pickton, un éleveur de porcs condamné cette semaine à la prison à vie pour le meurtre de six femmes qui y faisaient le trottoir, et accusé d'en avoir tué vingt autres.
Une maison close leur "permettrait de recevoir des clients en toute sécurité", explique à l'AFP Sue Davis, une travailleuse du sexe membre de la "BC Coalition of Experiential Women", un groupe de défense des droits des prostituées.
Mme Davis aimerait ouvrir jusqu'à cinq de ces maisons closes d'ici les Jeux Olympiques d'hiver de 2010 qui devraient attirer des dizaines de milliers de touristes à Vancouver.
Dans son projet, les prostitués du quartier, des femmes, des hommes et des travestis, seraient propriétaires de ces maisons grâce à un système de gestion coopérative.
Le "Downtown Eastside" demeure un endroit dangereux. Les femmes qui vendent leurs corps travaillent seules sur des trottoirs mal éclairés. Elles sont parfois violées et battues par des clients.
La police ne peut pas toujours intervenir. Et la plupart des travailleuses du sexe n'osent pas la prévenir de peur d'être arrêtées.
Les drogues dures comme le crack, le "crystal meth" et l'héroïne font des ravages parmi celles qui souffrent aussi de graves problèmes psychologiques, explique à l'AFP Kate Gibson, directrice exécutive de WISH, une association caritative qui connaît bien ces femmes.
L'association leur propose chaque soir des repas chauds gratuits, des douches et des toilettes propres dans une église transformée en mission, et elle leur offre au coeur même des quartiers chauds du café, des préservatifs et des seringues propres.
Au Canada, un adulte peut vendre ses services sexuels, mais il ne peut pas racoler les clients ou tenir un bordel.
L'insécurité ambiante pousse des prostituées à se fédérer autour du projet de maison close "autogéré" de Mme Davis.
"Nous soutenons tous des innovations, mais ce cas particulier relève du gouvernement fédéral canadien", explique David Hurford, directeur des communications du maire de Vancouver. Mais la légalisation de la prostitution n'est pas au programme des politiques à Ottawa.
Et de nombreux organismes communautaires s'opposent à l'ouverture de tels établissements. Ainsi, la Aboriginal Women's Action Network, un regroupement de femmes autochtones de Colombie-Britannique, affirme qu'une maison de passe encouragerait la traite des femmes.
Cet organisme, particulièrement concerné par la question car de nombreuses femmes qui font le trottoir au "Downtown Eastside" sont d'origine autochtone, soutient plutôt une approche visant à criminaliser à la fois le client, le proxénète et le trafiquant, plutôt que la seule femme prostituée.
"La légalisation, c'est faire la promotion du développement de la prostitution", affirme Darlene Rigo, du "Vancouver Rape Relief and Women's Shelter", un foyer qui abrite des femmes battues et les aide à reconstruire leurs vies.
Un point de vue partagé par l'organisation Future Group dont un rapport souligne que le trafic connu d'êtres humains a pratiquement doublé de 2003 à 2004 à Athènes, alors hôte des Jeux olympiques d'été.