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Crise: les Américains se soignent moins


Chicago - C'est une des conséquences de la crise économique aux Etats-Unis: de nombreux Américains remettent à plus tard les visites chez le médecin, se privent sur les médicaments ou reportent des examens médicaux. Les professionnels de la santé s'inquiètent, redoutant de voir arriver des patients encore plus malades et qui auront besoin de traitements plus coûteux.


Crise: les Américains se soignent moins
Donald Hendricks, un habitant de Lombard, dans l'Illinois, a perdu son travail cet été. Quand deux de ses six enfants ont souffert de fièvre et de maux de gorge il y a quelques semaines, il n'a pas eu les moyens de payer l'essence pour les emmener chez le médecin. Heureusement, ils ont fini par se remettre. "Je n'avais jamais senti la crise à ce point avant", confie-t-il.

A Indianapolis, Raechelle Miles a perdu son emploi dans l'usine d'un équipementier automobile en juillet, et presque tout le reste dans une tornade. Aujourd'hui ses plombages tombent en morceaux mais elle s'est résignée à remettre à plus tard une visite chez le dentiste. "Le système de santé est en mauvais état depuis cinq à dix ans et la crise n'a fait qu'aggraver la situation", souligne le Dr. Eric Schackow, un médecin généraliste de Chicago.

Des études montrent que les Américains mettent de plus en plus leur santé en danger: ils sont ainsi plus nombreux à reporter des soins nécessaires, 36% selon un sondage mené début octobre par la Fondation Kaiser, contre 29% en avril dernier. Près d'un tiers des personnes interrogées dans cette enquête ont également déclaré avoir fait l'impasse sur un examen ou un traitement recommandés, au lieu de 24% précédemment.

Les prescriptions médicales ont vu leur nombre reculer de 0,4% au deuxième trimestre: c'est la première fois qu'elles ne progressent pas, selon IMS Health, qui suit leur évolution depuis 12 ans. Une étude de l'Association nationale des agents d'assurance remontant à juillet montre que 11% des Américains ont réduit le nombre des médicaments prescrits qu'ils absorbent ou leur dosage.

Des interventions chirurgicales non urgentes comme la pose de prothèses de hanche et de genoux, des tests de diagnostic et les opérations ne nécessitant pas d'hospitalisation ont baissé de 1% à 2% ces derniers mois dans de nombreux hôpitaux, selon Dick Clarke, président de l'Association de la gestion financière de la santé.

Habituellement, on observe une augmentation de 2% à 4% chaque année en raison du vieillissement de la population, précise-t-il.

Parallèlement, les hôpitaux font état d'une hausse de la fréquentation aux urgences, souligne l'Association américaine des hôpitaux. Une tendance qui s'explique notamment par une augmentation du nombre d'Américains sans assurance-maladie souffrant de problèmes de santé qui n'auraient pu être soignés ailleurs, explique Clarke.

Le taux de chômage aux Etats-Unis est passé en un an de 4,7% à 6,1%, et de nombreuses personnes se sont retrouvées sans couverture médicale en perdant leur emploi. Mais ces non-assurés ne sont pas les seuls à souffrir du marasme économique.

"Il faut que je sois très malade pour aller chez le médecin", raconte Julie Shelley, 49 ans, mère de trois enfants résidant à West Milton (Ohio), qui est pourtant cadre dans une société. Elle explique qu'à cause la conjoncture et de la hausse du "ticket modérateur" dans son plan d'assurance-santé, elle donne la priorité aux importants besoins médicaux de son mari, qui a subi une transplantation de rein et de pancréas.

Le Dr. Ted Epperly, généraliste dans un dispensaire pour personnes défavorisées à Boise, dans l'Idaho, souligne que les consultations ont baissé de 20% en août, surtout celles des femmes enceintes et pour des affections chroniques comme l'hypertension, l'asthme et le diabète. "Plus ça va, plus les visites sont espacées, et plus grand est le risque de mauvaises surprises", déplore-t-il.

"La question n'est pas de savoir si elles se produiront, mais quand elles arriveront." L'enseigne de pharmacies Walgreen a appelé des clients en jouant sur la corde sensible pour tenter de les convaincre de poursuivre leurs traitements. "Par exemple, est-ce qu'ils veulent être encore là pour voir leurs enfants ou leurs petits-fils grandir?", dixit le patron de la société, Jeff Rein.

A Sacramento (Californie), région fortement touchée par les saisies immobilières, le Dr. Ron Sokolov a constaté une baisse de 5% des consultations le mois dernier par rapport à l'année précédente.

Il a également remarqué que de plus en plus de patientes reportent des examens de dépistage comme les frottis et les mammographies.

"Beaucoup de gens pensent d'abord à mettre de la nourriture dans leur frigo et à garder leur toit", souligne-t-il.

AP

Jeudi 30 Octobre 2008


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